Alors que le marché automobile marocain s’oriente progressivement vers l’électrification, plusieurs technologies coexistent désormais: mild hybrid (MHEV), full hybrid (HEV), plug-in hybrid (PHEV) et 100% électrique (EV).
Quelle technologie est réellement adaptée aux réalités du marché marocain? Le diesel est-il appelé à disparaître? Le véhicule électrique est-il déjà prêt pour une adoption massive?
El Mehdi Oulad Benaïssa, professionnel du secteur automobile et observateur des évolutions du marché, livre son analyse de cette transformation.
Drive In: Le marché automobile marocain est-il réellement en train de basculer vers l’électrification?
El Mehdi Oulad Benaïssa: Oui, mais je parlerais davantage d’une transition que d’un basculement.
Le marché marocain a historiquement été très attaché au diesel, principalement pour des raisons de consommation, d’autonomie et de coût d’utilisation. Aujourd’hui, cette équation évolue.
Le consommateur devient beaucoup plus attentif à son coût total de possession, à sa consommation, à l’efficience énergétique et aux nouvelles technologies.
L’électrification progresse, mais elle doit être analysée à travers les réalités du marché marocain et les usages des automobilistes.
A mon sens, la question n’est plus de savoir si le marché va s’électrifier, mais comment il va s’électrifier.
Vous considérez le MHEV comme une technologie particulièrement pertinente. Pourquoi?
Parce qu’il représente aujourd’hui un excellent compromis entre efficience, simplicité d’utilisation et coût d’usage.
Le mild hybrid permet d’assister le moteur thermique grâce à un système électrique qui récupère notamment l’énergie lors des phases de décélération et de freinage.
Cela permet d’optimiser le fonctionnement du moteur, de réduire la consommation et d’améliorer l’agrément de conduite.
Mais surtout, cette technologie ne demande pas au conducteur de changer profondément ses habitudes.
On électrifie le véhicule sans électrifier les contraintes du quotidien.
C’est précisément ce qui rend le MHEV particulièrement pertinent dans notre marché.
Pourquoi dites-vous que le MHEV est une alternative au diesel?
Parce que si l’on regarde les raisons historiques du succès du diesel, on retrouve essentiellement trois éléments: la consommation, l’autonomie et le coût d’utilisation.
Aujourd’hui, les nouvelles générations de motorisations mild hybrid permettent de répondre à une partie importante de ces attentes tout en apportant une électrification du véhicule.
Et il y a un élément essentiel: le MHEV ne nécessite pas d’infrastructure de recharge spécifique.
Le conducteur conserve la simplicité d’utilisation d’un véhicule thermique, tout en bénéficiant des avantages d’une assistance électrique.
C’est pourquoi, face à la hausse du prix du diesel à la pompe, je considère aujourd’hui le MHEV comme l’une des alternatives les plus efficientes aux motorisations diesel.
Est-ce principalement une question de consommation?
La consommation est évidemment importante, mais ce serait réducteur de limiter le sujet à cela.
Il faut regarder le coût total de possession.
Un automobiliste ne paie pas uniquement du carburant. Il paie son financement, son entretien, son assurance, et il doit également tenir compte de la valeur résiduelle de son véhicule.
La vraie question devient donc: combien va me coûter ma voiture pendant toute sa durée d’utilisation?
C’est cette approche qui va progressivement changer la manière dont les Marocains choisissent leur motorisation.
L’absence de recharge constitue-t-elle un avantage majeur du MHEV?
Oui, particulièrement dans le contexte actuel.
Pour un véhicule 100% électrique ou un plug-in hybrid, la question de la recharge devient centrale.
Il faut disposer d’une borne à domicile, sur son lieu de travail ou d’un réseau public suffisamment développé.
Le MHEV élimine cette contrainte.
La batterie se recharge pendant l’utilisation du véhicule, notamment grâce à la récupération d’énergie.
Le conducteur n’a donc pas besoin de modifier son mode de vie pour bénéficier de l’électrification.
C’est une transition beaucoup plus progressive.
Et le plug-in hybrid dans tout cela?
Le plug-in hybrid est une technologie extrêmement intéressante, mais elle doit être utilisée dans les bonnes conditions.
Son véritable avantage apparaît lorsque le conducteur recharge régulièrement son véhicule et effectue une part importante de ses déplacements dans la plage d’autonomie électrique disponible.
Si vous avez une recharge à domicile et que vous parcourez quotidiennement une distance relativement courte, le PHEV peut être une excellente solution.
Mais si vous ne rechargez jamais votre véhicule, vous perdez une grande partie de l’intérêt de cette technologie.
La meilleure technologie n’est pas nécessairement la plus sophistiquée. C’est celle qui correspond le mieux à l’usage du conducteur.
Le full hybrid peut-il également jouer un rôle important?
Bien sûr.
Le full hybrid représente une étape supplémentaire dans l’électrification puisqu’il permet notamment de rouler ponctuellement en électrique.
Il est particulièrement intéressant en environnement urbain et périurbain, où les phases de freinage, de décélération et de faible vitesse sont fréquentes.
Mais là encore, il faut raisonner en fonction de l’usage.
Il n’existe pas aujourd’hui une technologie unique qui puisse répondre parfaitement aux besoins de tous les automobilistes marocains.
Et le 100 % électrique? Est-il encore trop tôt pour le Maroc?
Je ne dirais pas qu’il est trop tôt.
Le véhicule électrique a clairement sa place au Maroc et son potentiel est considérable.
Mais son développement doit être accompagné par celui de tout un écosystème: infrastructures de recharge, disponibilité des bornes, temps de recharge, financement, information du consommateur et accompagnement après-vente.
Le Maroc possède par ailleurs des atouts considérables pour accélérer cette transition, notamment grâce à son industrie automobile et à son potentiel en matière d’énergies renouvelables.
Le véhicule électrique est une destination. Mais toutes les routes pour y arriver ne sont pas les mêmes.
Pensez-vous que le consommateur marocain est prêt à adopter ces nouvelles technologies?
Oui, à condition qu’on lui explique clairement leur fonctionnement et leur intérêt.
Le consommateur marocain est très réceptif à la technologie lorsqu’il comprend la valeur qu’elle lui apporte.
Le véritable enjeu aujourd’hui est donc pédagogique.
Il faut expliquer simplement la différence entre MHEV, HEV, PHEV et électrique.
Il faut également expliquer ce que coûte réellement une recharge, quelle autonomie est nécessaire et quelle technologie correspond à quel usage.
L’enjeu n’est plus simplement de vendre une motorisation. Il faut permettre au consommateur de choisir intelligemment sa motorisation.
Le diesel va-t-il disparaître du marché marocain?
Je pense qu’il va progressivement perdre du terrain, mais je ne crois pas à sa disparition brutale.
Le diesel restera pertinent pour certains usages, notamment pour les conducteurs qui parcourent beaucoup de kilomètres ou pour certains usages professionnels.
Mais son avantage historique en matière de consommation est progressivement concurrencé par les nouvelles motorisations électrifiées.
Le marché va donc probablement évoluer vers une coexistence de plusieurs technologies.
Le choix ne sera plus simplement «essence ou diesel».
Il sera beaucoup plus large: MHEV, HEV, PHEV ou électrique, en fonction de l’usage.
Quelle sera, selon vous, la prochaine grande étape de cette transformation?
La prochaine étape sera probablement celle de la démocratisation.
Nous avons déjà dépassé la phase où l’électrification était uniquement une technologie réservée à quelques véhicules haut de gamme ou à des utilisateurs pionniers.
Elle commence progressivement à devenir une composante normale du marché automobile.
Le véritable enjeu sera désormais de rendre ces technologies accessibles au plus grand nombre et, surtout, de faire en sorte que leur coût total d’utilisation soit réellement compétitif.
Comment imaginez-vous le marché automobile marocain dans cinq à dix ans?
Je pense que nous aurons un marché beaucoup plus diversifié.
Le thermique ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Le MHEV devrait continuer à jouer un rôle majeur dans la transition, tandis que le full hybrid et le plug-in hybrid répondront à des usages spécifiques.
Le 100% électrique gagnera progressivement du terrain à mesure que l’infrastructure et les habitudes évolueront.
Mais surtout, le consommateur deviendra beaucoup plus rationnel dans son choix. Il ne se demandera plus simplement: «Essence ou diesel?», il se demandera: «Quel est mon usage? Quel est mon coût total de possession? Et quelle technologie est la plus efficiente pour mon quotidien?».
C’est cette évolution du raisonnement du consommateur qui, à mon avis, transformera profondément le marché.
Si vous deviez résumer votre vision de l’avenir automobile au Maroc?
Je dirais que nous devons éviter de vouloir passer directement d’un monde à un autre.
La transition automobile marocaine doit être progressive, pragmatique et adaptée aux usages.
Aujourd’hui, face à la hausse du coût du diesel et aux contraintes encore liées au développement de la recharge, le MHEV constitue l’une des alternatives les plus efficientes pour accompagner cette transition.
Parce qu’au fond, l’objectif n’est pas simplement d’électrifier l’automobile.
L’objectif est de rendre l’automobile plus efficiente, plus accessible et mieux adaptée aux besoins réels des automobilistes marocains.
Mohamed Akisra